Les Castors de Paris, bâtir, transmettre, recommencer
Les Castors de Paris, bâtir, transmettre, recommencer
Une équipe née d’une idée de gala d’école d’ingénieurs. Quatre titres de champion de France. Une dissolution volontaire l’année même du dernier sacre. Et, seize ans plus tard, des étudiants de la même école qui reprennent le nom là où il était tombé.

Le club naît d’une soirée d’étudiants. Nous sommes en 1982. Yves Chardard et Nicolas Robert sont élèves à l’École Spéciale des Travaux Publics, du Bâtiment et de l’Industrie (ESTP), entre Paris et Cachan. On y forme des ingénieurs aux routes, aux ponts, aux immeubles. Le gala des grandes écoles approche et il faut y présenter quelque chose qui sorte du lot.
Le football américain vient d’arriver en France. Une poignée de clubs, presque pas d’équipement, une réputation de curiosité importée. Personne dans la salle n’y comprendra rien, donc tout le monde regardera. L’idée n’est pas de durer quarante ans. Elle est de faire de l’effet un samedi soir.
Reste le nom. Ils prennent celui du castor. L’animal creuse, empile, colmate, et remet l’ouvrage en chantier quand le courant l’emporte. Dans une école de travaux publics, le clin d’œil se passe d’explication. Sur le maillot, une tête de castor, dents apparentes.
L’école comme vivier
Six mois plus tard, la plaisanterie se structure. L’équipe recrute sans aller loin, dans les autres sections sportives de l’école. Les rugbymen apportent le contact, les handballeurs la main et la lecture des espaces, les footballeurs la course. Dans un sport où l’on apprend les schémas dans des livres importés et où l’équipement se bricole, un vivier d’athlètes déjà formés vaut mieux qu’un entraîneur expérimenté.
Cela se voit vite. Les Castors montent en première division en quelques saisons, puis s’installent dans l’élite. Quatre années de suite, de 1983 à 1986, ils s’arrêtent en demi-finale. Pendant ce temps ils voyagent. Castelgiorgio, en Toscane, dès 1983. Milan en 1985. Helsinki en 1991. Un club d’école découvre l’Europe avant que la plupart des clubs français n’aient un terrain à eux.

Sur les photos de cette période, un mot revient, cousu sur l’épaule. Fougerolle, entreprise française de travaux publics. Sponsor et école font le même métier. Les couleurs, elles, n’ont rien du noir et blanc de l’emblème. Bleu nuit, liserés orange, casques blancs, et un maillot extérieur rayé orange et blanc qui aurait pu sortir d’une université américaine.
Trois titres, puis un quatrième
La marche est franchie en 1987. Les Castors sont champions de France et soulèvent le Casque d’Or. Ils recommencent en 1988, puis en 1989. Trois titres consécutifs, et une domination assez nette pour que plusieurs cadres de l’effectif rejoignent l’équipe de France sur les premières éditions du championnat d’Europe des nations. Le club monté pour un gala d’école fournit des internationaux.

Suivent deux finales perdues, 1990 et 1991. L’équipe reste au sommet sans y remonter. Puis vient 1993, et un quatrième titre. Ce sera le dernier sous ce nom.
« Champions de France en 1993. Dissous la même année. »
Gagner, puis se dissoudre
C’est ici que l’histoire sort de l’ordinaire. La même année 1993, tout juste sacrés, les Castors fusionnent avec les Sphinx du Plessis-Robinson, finalistes de l’édition précédente. Un champion en titre accepte de disparaître dans un autre club. Le raisonnement tient à l’effectif plus qu’au palmarès. Deux équipes qui s’usent l’une contre l’autre chaque saison valent moins qu’une seule qui additionne.
Le calcul se vérifie sans attendre. En 1994, les Castors-Sphinx du Plessis-Robinson sont champions de France et disputent la Coupe d’Europe. En 1996, sous le nom de Mousquetaires du Plessis-Robinson, l’ensemble décroche un nouveau titre. La lignée jouera ensuite du côté de Châtenay-Malabry, où elle se trouve encore. Le nom des Castors, lui, sort des terrains sans bruit.

Seize ans plus tard
En 2009, d’autres élèves de l’ESTP recréent les Castors de Paris et les engagent en championnat universitaire d’Île-de-France. Ils le remportent l’année suivante. Aucun des fondateurs n’est là, et rien ne relie juridiquement les deux clubs. Ce qui passe de l’un à l’autre, c’est l’école. Le même établissement, le même animal, le même recrutement entre deux cours.
C’est ce qui les distingue des autres clubs de cette série. La plupart se sont éteints, ont fusionné, ou ont changé de nom sans revenir. Les Castors ont fait les trois. Ils sont revenus quand même, sans institution ni mécène derrière eux, portés par une promotion qui succède à une autre. Le casque des trois titres, lui, existe toujours. Quelqu’un l’a photographié.
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Collection Heritage · Chapitre VIII : Les Castors de Paris · Capland x foot2a