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Les Anges Bleus, exclus puis champions


Emblème des Anges Bleus de Joinville-le-Pont, football américain français

Collection Heritage · Chapitre IX

Les Anges Bleus, exclus puis champions

Une bande d’amis de Montreuil se donne le nom d’anges et devient championne de France en trois saisons. La fédération l’exclut du championnat. Elle revient l’année suivante et gagne sans perdre un match. Puis, en 1993, elle choisit de disparaître.

Cet été sur CaplandTout l’été, nous remontons le fil du football américain français et racontons, club par club, ceux qui l’ont inventé. Après le Spartacus de Paris, les Hurricanes, les Panthères Jaunes de Nantes, les Rangers de Saint-Mandé, les Jets de Saint-Cloud, les Sphinx du Plessis-Robinson et les Castors de Paris, voici les Anges Bleus.
Les joueurs des Anges Bleus s'étirent en ligne avant un match, maillots bleus et casques blancs à l'aile, football américain français des années 1980
ArchivesAvant le coup d’envoi. Étirements en ligne, soleil bas, arbres nus. Maillot bleu, numéros blancs, pantalon gris, et sur chaque casque une aile peinte, blanche sur bleu. Derrière la haie, la route et les voitures garées.

Ils se décrivent eux-mêmes comme une bande d’individualistes et de paumés. C’est leur mot, pas le nôtre. En 1981, à Montreuil, quelques-uns d’entre eux décident d’arrêter de tourner en rond et de monter une équipe. Stéphane Sardano, Olivier Passe, les frères Perelli. Ils appellent ça un clan.

Le football américain a un an d’existence en France. Une poignée de clubs, des règles que personne ne maîtrise, du matériel rapporté à la valise. Monter une équipe en 1981 revient surtout à trouver dix-huit personnes prêtes à venir le dimanche.

Ils les trouvent dans leur propre cercle. Pas de section universitaire, pas de club omnisports pour fournir des athlètes déjà formés, comme cela se fait ailleurs à la même époque. Le recrutement se fait par relations, quartier par quartier. Ils se connaissent donc avant de jouer ensemble, et ils resteront soudés bien après avoir arrêté.

Pour le nom, ils prennent les anges. Sur le casque, une aile peinte de chaque côté, blanche sur le bleu. Le geste est simple et il se lit de loin, ce qui compte quand une équipe joue devant trente personnes debout le long de la touche.

« Je suis parce que nous sommes. »

Trois saisons pour un titre

La progression est rapide. Demi-finalistes en 1982, finalistes en 1983, champions de France en 1984. Trois saisons dans l’élite, un titre. Peu de clubs de cette génération montent aussi vite, et ceux qui le font ont en général un entraîneur venu d’ailleurs ou une université derrière eux. Les Anges Bleus n’ont ni l’un ni l’autre au départ.

La même année, ils sortent de France. Amsterdam, Cologne, Milan. Une victoire, deux défaites. Contre les champions néerlandais, la marge est nette. Un club de banlieue parisienne fondé trois ans plus tôt va gagner à l’étranger avant que la plupart des équipes françaises n’aient un terrain à elles.

La ligne offensive des Anges Bleus en maillot extérieur blanc sort du huddle sur un terrain boueux, football américain français des années 1980
ArchivesLe maillot extérieur. Blanc, ailes bleues sur les casques, chaussettes cerclées, terrain gras. Sur la touche, des spectateurs en manteau, sans tribune ni barrière.

Le Canadien

Un joueur du club tombe sur un article de presse consacré à Jacques Dussault, entraîneur canadien. Il lui écrit. Dussault vient à Paris pour dix ou douze jours, le temps de préparer l’équipe à affronter des Américains. Il dira plus tard que les joueurs français n’avaient aucune idée de ce qui les attendait.

Il leur laisse une méthode et une expression, chasse touriste. Frapper à chaque action, jusqu’au coup de sifflet. La langue pose un problème que personne n’avait prévu. Dussault parle français, mais un français canadien, et les joueurs ont appris leur vocabulaire dans des livres américains. Ils disent QB, pas quart-arrière. Il faut parler lentement.

Dix ou douze jours ne font pas une saison. Ils suffisent à installer une idée que le club gardera : on peut apprendre ce sport vite, à condition d’accepter d’être corrigé par quelqu’un qui le connaît. Beaucoup de clubs français de cette génération ont fait venir un Nord-Américain une semaine ou deux. Peu en ont tiré autant.

L’année sans championnat

En 1985, les Anges Bleus sont exclus du championnat pour professionnalisme. En cause, un partenariat noué deux ans plus tôt avec une société, Amerfoot, que la fédération juge déloyal envers les autres clubs. Le club champion en titre passe une saison entière hors de la compétition nationale.

Le mot professionnalisme mérite d’être remis à l’échelle de l’époque. Personne ne vit du football américain en France en 1985. Il n’y a ni salaire, ni contrat, ni transfert. Ce que la fédération sanctionne, c’est un club qui a trouvé une ressource que les autres n’ont pas, dans un championnat où tout le monde paie ses propres épaulières. La décision se comprend. Elle coûte au club sa meilleure saison de joueurs.

L’équipe continue de jouer ailleurs. Cet été-là, elle rencontre une sélection de marins de la VIe flotte américaine et l’emporte. Le match ne compte pour rien au classement. Il vaut pour ceux qui étaient sur le terrain, et il finira raconté bien plus longtemps que des rencontres officielles gagnées la même décennie.

L’accord avec la fédération est trouvé pour la saison suivante.

1986, sans une défaite

Réintégrés, ils gagnent tout. Second titre de champion de France, et une saison bouclée sans perdre un match, en France comme en Europe. C’est le sommet de l’histoire du club, et il arrive juste après l’année où on lui avait interdit de jouer.

Sur les archives de cette période, l’équipement raconte le passage à l’échelle supérieure. Deux jeux de maillots, bleu à domicile, blanc à l’extérieur. Des numéros cousus, pas peints. Un écusson de sponsor sur la poitrine. Les casques sont propres, les ailes repeintes. Une équipe qui a un budget ressemble à ça, et quatre ans plus tôt, celle-ci n’y ressemblait pas.

C’est aussi la période où l’équipe s’installe pour de bon à Joinville-le-Pont, après un passage par Paris. Le nom de la ville restera accolé au club, y compris sur les maillots que d’autres porteront quarante ans plus tard.

Ligne de mêlée entre les Anges Bleus en bleu et les Sphinx du Plessis-Robinson en noir et or, championnat de France de football américain
Archives · entre 1988 et 1993Face aux Sphinx. À gauche, le noir et or du Plessis-Robinson et le nom du club en lettres dorées sur le casque. À droite, les ailes bleues. Les Sphinx sont fondés en 1988, les Anges Bleus s’arrêtent en 1993 : la rencontre se situe dans cet intervalle. Les deux clubs disparaîtront la même année, dans deux fusions différentes.

La fin par le haut

Vice-champions en 1988, les Anges Bleus restent dans le premier wagon quelques saisons encore, sans retrouver le titre. Le football américain français change autour d’eux. Les effectifs enflent, les budgets aussi, et les clubs qui tenaient sur une bande de copains tiennent moins bien.

En 1993, ils fusionnent avec deux clubs parisiens, le Spartacus de Paris et les Frelons de Paris, pour former Team Paris. Trois histoires, trois vestiaires, un seul effectif. L’ensemble jouera jusqu’en 1996. Le nom des Anges Bleus sort des terrains à ce moment-là et n’y reviendra pas.

Le Spartacus, premier chapitre de cette collection, était le club fondateur du football américain français. Les Frelons venaient du sud de Paris. Aucun des trois n’a survécu à la fusion sous son nom, et Team Paris n’aura pas remporté de titre. C’est la sortie la plus fréquente pour les clubs de cette génération, et rarement la plus racontée.

Plaquage dans la poussière entre les Anges Bleus en bleu et une équipe en maillot blanc et orange, football américain français des années 1980
ArchivesDans la poussière. Le porteur est arrêté au contact, la terre sèche vole. Au fond, les remplaçants suivent debout, casque à la main.

Le clan, quarante ans après

En 2021, les Anges Bleus ont fêté leurs quarante ans. Le club n’existait plus depuis vingt-huit ans. Ce sont les membres qui se sont réunis, ceux de Montreuil, de Paris et de Joinville, et qui continuent de se dire un clan. Ils avaient monté cette équipe pour se sortir d’une période creuse. Le club a duré douze saisons. Le groupe, lui, tient toujours.

Il reste des trous dans cette histoire. Les compositions d’équipe, les scores exacts des matchs européens de 1984, le détail de l’accord de 1986, les noms de ceux qui portaient les numéros visibles sur ces photos. Nous n’avons pas tout.

Si vous avez porté ce maillot, si vous les avez affrontés, ou si vous reconnaissez un visage sur ces images, écrivez-nous. Cette histoire se complète avec ceux qui l’ont vécue.

Archives : collections de clubs et foot2a. Vous figurez sur l’une de ces photos, ou vous en détenez les droits ? Écrivez-nous : nous créditons ou retirons sur simple demande.

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