Spartacus de Paris, premier club de football américain français
Spartacus, ou l’étincelle
En 1980, un rugbyman rapporte des États-Unis un ballon qui n’a pas tout à fait la bonne forme. Quarante-six ans plus tard, tout un sport lui doit d’exister.
Il y a des voyages dont on ne revient pas tout à fait le même. Celui de Laurent Plégelatte tient en une image. Un rugbyman français, habitué au ballon ovale et aux mêlées de boue, lève les yeux quelque part à Vail, dans les montagnes du Colorado, et découvre un autre jeu. Plus heurté, plus stratégique, presque chorégraphié. Des hommes casqués, des phases arrêtées, une géométrie. Le coup de cœur est immédiat, et un peu déraisonnable, comme tous les vrais.
Il aurait pu rentrer avec des photos. Il rentre avec du matériel. Des casques, des épaulières, tout l’attirail d’un sport que personne, en cette fin d’année 1980, ne pratique en France. Au mois de septembre, il fonde à Paris le premier club de football américain du pays et lui donne un nom qui sonne comme une promesse. Le Spartacus. Sur le terrain, lui, portera le numéro 17. Retenez-le.
Le nom n’est pas un hasard, et l’emblème non plus. Un pouce baissé : le pollice verso des arènes romaines, le geste par lequel la foule scellait le sort du gladiateur tombé. Spartacus jusque dans son blason. Tout, ici, parle de combat.
Reste un détail, et il est de taille. Le football américain se joue à plusieurs dizaines. Fonder un club est une chose. Trouver assez de joueurs assez fous pour entrer dans l’arène en est une autre. La solution viendra des ondes. Au lendemain du Super Bowl de 1981, cette grand-messe américaine qui commence tout juste à faire rêver de ce côté de l’Atlantique, une annonce passe à la radio. Quelques curieux répondent. Autour d’un noyau d’amis, une équipe se forme.
« Ce que l’on fait dans sa vie résonne dans l’éternité. »
En juin 1981 se joue le premier match officiel de l’histoire du football américain français. Le Spartacus y affronte les Météores, un club né trois mois plus tôt, preuve que l’étincelle a déjà fait des petits, et l’emporte. Ce n’est qu’un commencement. Dès la création du championnat de France, en 1982, les Parisiens décrochent le titre face à ces mêmes Météores. La saison suivante, ils remettent ça. Le doublé. Une équipe partie de rien, qui n’existait pas trois ans plus tôt, domine un sport qu’elle a elle-même importé.
Voyage au pays des gladiateurs
Le Spartacus, fidèle à son nom, ne s’arrête pas aux frontières. Grâce à des échanges avec la fédération italienne, un premier match international de clubs s’organise à Ferrare, dans le nord-est de l’Italie. Les Parisiens y affrontent les Aquile, les aigles. La rencontre vaut moins pour son score que pour ce qu’elle révèle. Le niveau réel des meilleures équipes européennes, et le chemin qu’il reste à parcourir. Suivront, chaque année, des stages au Canada et aux États-Unis, là où le jeu est une langue maternelle.
Toutes les épopées connaissent leur reflux. Après quelques saisons sans titre, le Spartacus finira par fusionner avec d’autres clubs franciliens, et son nom s’effacera peu à peu des feuilles de match. Mais on ne mesure pas un pionnier à son palmarès. On le mesure à ce qui existe après lui. Et après le Spartacus, il y a tout le reste. Les dizaines de clubs, les milliers de joueurs, les tribunes du dimanche, une fédération, une culture entière. La locomotive a tiré, le train est parti.
Quarante-six ans plus tard
C’est ici qu’entre Capland. Depuis 2014, la marque française habille les clubs de football américain, de baseball et de hockey. L’équipementier de ceux qui jouent. Mais équiper le présent, c’est aussi savoir d’où il vient. L’idée de la collection Heritage naît en 2021. Puis le Covid arrête tout. Plutôt que d’abandonner, Capland prend le temps long : retrouver les photos, interroger les anciens, dessiner, prototyper, ajuster, recommencer. Cinq ans d’un travail de passionnés. Et c’est cet été, enfin, que la collection se dévoile. Rien d’une nostalgie sous vitrine. Des pièces faites pour être portées, qui font passer une histoire de l’archive à la rue.
Prenez la casquette Spartacus. On y lit, si on sait regarder, tout ce qui précède. Le logo du club brodé en relief sur l’avant. La signature Capland sur le côté gauche. Le nom de Paris sur le flanc droit. Et à l’arrière, le tout premier logo de la Fédération française de football américain, celui des origines. Une licence officielle, une étiquette qui certifie l’authenticité, un réglage snapback qui s’ajuste à toutes les têtes. Un objet simple. Et en même temps un fragment d’histoire qu’on peut visser sur son crâne.
C’est sans doute cela, le vrai geste de la collection Heritage. Transformer une dette en désir. Nous devons tous, sans le savoir, quelque chose à un rugbyman rentré du Colorado avec des cartons trop lourds. Le Spartacus, lui, n’existe plus. Sa mémoire, si. C’est pourquoi Capland consacre une part de chaque pièce Heritage au Fonds Heritage Capland : préserver la mémoire des bâtisseurs, et doter un jour le football américain français du Hall of Fame qui lui manque encore. Porter Spartacus aujourd’hui, ce n’est pas céder au vintage. C’est financer une mémoire, et rallumer l’étincelle.
Spartacus de Paris
Le maillot et la casquette des origines, réédités par Capland. Broderies officielles, premier logo FFFA, esprit collector. Une part de chaque vente abonde le Fonds Heritage, dédié à la mémoire des pionniers et au futur Hall of Fame du football américain français.
Collection Heritage · Chapitre II : Les Météores · Capland x foot2a